C’est un document que le gouvernement n’est pas pressé de rendre public : le rapport du ministère des armées sur les exportations d’armeme...
C’est un document que le gouvernement n’est pas pressé de rendre public : le rapport du ministère des armées sur les exportations d’armements en 2021. Comme le veut la loi, ce document censé informer les parlementaires sur les ventes d’armes de la France à l’étranger aurait dû être remis aux députés et sénateurs le 1er juin et traditionnellement mis en ligne dans la foulée. Pas cette année.
Transmis aux élus français avec un mois de retard, en juillet, le document n’est toujours pas accessible au public. Interrogé par Disclose sur ce retard, le ministère renvoie la balle à l’Assemblée nationale. « Nous le transmettons au Parlement qui décide de sa publication le moment venu », justifie le cabinet de Sébastien Lecornu, le nouveau ministre des armées. Il s’agirait d’une « marque de respect au Parlement voulue par Matignon ».
Disclose s’est procuré ledit rapport. Face à l’absence de transparence du ministère des armées, nous avons décidé de le publier dans son intégralité, et d’en extraire les éléments les plus saillants. LCF vous propose de le lire ici: Lire le rapport .
En 2021, les ventes de matériels de guerre français se sont élevées à 11,7 milliards d’euros. De quoi réjouir Sébastien Lecornu qui souligne dès l’introduction du rapport que « la France enregistre son 3e plus haut niveau historique en matière d’exportation d’armements ». Et le successeur de Florence Parly de préciser que ces transferts « se font toujours dans le strict respect de ses engagements internationaux ». Vraiment ?
PRÈS DE 7 MILLIONS D’EUROS D’ÉQUIPEMENTS À LA RUSSIE
L’information ne figure pas en tête du rapport mais en toute fin, dans ses annexes. Et pour cause : en 2021, la France a délivré des licences d’exportation à la Russie pour un montant de 6,71 millions d’euros. Parmi les exportations autorisées vers le régime de Vladimir Poutine figure un satellite militaire d’observation ainsi qu’un lot de jumelles thermiques de combat fabriquées par l’industriel Thales.
Pour donner son feu vert, la France s’est appuyée sur une faille de l’embargo imposé à la Russie par l’Union européenne depuis 2014 – les livraisons liées à des contrats signés avant l’embargo pouvaient être maintenues. Comme ce fut le cas entre 2015 et 2020. Sur cette période, la France a en effet livré pour 152 millions d’euros d’équipements militaires à l’armée russe, dont des caméras thermiques (Thales) destinées à équiper la flotte de tanks utilisés dans la guerre en Ukraine. A la suite de ces révélations publiées par Disclose en mars dernier, la faille dans l’embargo européen a été comblée : les livraisons liées à des contrats antérieurs à l’embargo de 2014 ont aussi été interdites.
L’EGYPTE, 1ER CLIENT DE LA FRANCE
L’année dernière, la dictature du maréchal Abdel Fatah Al-Sissi s’est hissée à la première place des clients de l’industrie de l’armement tricolore. Le régime égyptien a ainsi commandé pour plus de 4,5 milliards d’euros d’armements made in France, dont un lot de 30 avions de chasse Rafale (Dassault). Ces ventes records s’appuient notamment sur un partenariat criminel entre les deux pays, comme nous le révélions dans « Les mémos de la terreur », une enquête basée sur une fuite sans précédent de documents militaires secrets. A la suite de cette publication, deux ONG internationales ont décidé de porter l’affaire devant la justice française. Le 12 septembre 2022, Code Pink et Egyptians abroad for democracy ont déposé une plainte pour crime et complicité de crime contre l’humanité.
L’ARABIE SAOUDITE TOUJOURS DANS LE TOP 5
Autre régime autoritaire préféré des marchands d’armes français : l’Arabie saoudite. La monarchie du Golfe se hisse à la 5e place des clients de la France avec 381 millions d’euros de commandes en 2021. Le pays est pourtant accusé de crimes de guerre au Yémen, où il intervient militairement depuis 2015. En avril 2019, Disclose dévoilait que les armes vendues à l’Arabie saoudite étaient utilisées dans la guerre au Yémen et ciblaient des civils. La poursuite des ventes d’armes au régime saoudien a fait l’objet de plusieurs dénonciations de la part d’experts des Nations unies. Depuis juin dernier, trois entreprises d’armements françaises – Thales, Dassault et le missilier MBDA – sont visées par une plainte pour complicité de crimes de guerre au Yémen.
source: disclose


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